L’île d’Amsterdam forme, avec l’île Saint-Paul, le district de Saint-Paul et Amsterdam (cap’tain Obvious was here). Ces îles sont deux cailloux volcaniques perdus au sud de l’Océan Indien distants d’environ 85 kilomètres.

Alors que l’île d’Amsterdam abrite la base scientifique Saint-Martin-de-Viviès depuis 1950, l’île Saint-Paul est, quant à elle, formellement interdite d’accès en sa qualité de réserve biologique intégrale.

Situation géographique

Voici une petite carte pour avoir une idée de l’emplacement de nos deux îles (n’hésitez pas à zoomer fort !)

Coordonnées GPS :

  • L’île Saint-Paul (38°43’S et 77°31’E)
  • L’île d’Amsterdam (37°50’S et 77°31’E)

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Les deux îles se situent juste au dessus du 40e parallèle, et plus exactement au niveau de la latitude 37° Sud. Si l’on reporte cette latitude dans l’autre hémisphère, on se retrouve au niveau du sud de l’Espagne. Concrètement, cela signifie qu’à Paris, on est plus proche du Pôle Nord que je le serai du Pôle Sud. Mais vous verrez dans la section “Climat” qu’on est très loin de la douceur de l’Andalousie 😎.

Carte de l'île Amsterdam

© 2006 Varp - Wikipedia · Institut polaire français · TAAF

Carte de l'île Saint-Paul

© 2006 Varp - Wikipedia · Institut polaire français · TAAF

D’une forme globalement ovale, l’île d’Amsterdam a une superficie de 58 km² (10 km de long, 7 km de large) et est entourée de falaises de 30 à 60 m de haut (point culminant : Mont de la Dives, 881 m). Les bateaux ne pouvant y accoster, c’est en hélicoptère que l’on y transporte le matériel et le personnel. Le seul accès à la mer se situe au niveau de la Cale, au Nord, là où a été établie la base scientifique Saint-Martin-de-Viviès. De l’autre côté, toute la partie Sud-Ouest est entaillée par des falaises abruptes de 600 à 700m d’altitude.

La partie Nord de la caldeira de sa voisine, l’île Saint-Paul, s’étant effondrée sur elle-même, la forme de cette petite île ne laisse aucun doute quant à sa nature volcanique.

L'île Saint-Paul

© Bruno Marie · Institut polaire français · TAAF

Pour mes amis géologues

Nos deux îles partagent énormément de choses en commun, à commencer par le système volcanique. Situées à la fois sur la dorsale est-indienne, qui sépare la plaque Australienne de la plaque Antarctique, et au niveau d’un point chaud, elles se sont formées il y a environ 100 000 ans.

Deux épisodes magmatiques successifs ont permit l’édification de ces îles : la construction du paléo-volcan Fernand (dont subsiste aujourd’hui le mont du Fernand, cf la carte IGN), suivi de la formation d’un néo-volcan, à l’origine du cratère de la Dives.

Un épisode explosif tardif et une faille transformante, perpendiculaire à la dorsale et passant entre les deux îles, est à l’origine de leur séparation et de l’effondrement d’une bonne partie du cratère de Saint-Paul. En résulte un lac de cratère de plus d’un kilomètre de diamètre et de 80 m de profondeur sur notre petite île inhabitée.

Sur Amsterdam, des éruptions tardives et mineures il y a une dizaine de milliers d’années ont formé des petits cônes de scories et des écoulements de lave. De ce fait, elle est constituée essentiellement de basaltes.

Climat

Les îles Saint-Paul et Amsterdam bénéficient d’un climat océanique tempéré marqué par l’absence de neige et de gelée en hiver. La température moyenne annuelle se situe entre 12 et 14°C, avec des extrêmes oscillants entre 2 et 26°C. Pas de température négative sur Amsterdam !

Il pleut entre 1.100 et 1.200 mm par an, et pendant environ 230 jours par an. L’île est soumise à des vents à dominance Nord-Ouest dont la vitesse moyenne est un peu moins de 30 km/h.

L’île d’Amsterdam a un climat nous rappelant le Finistère et est l’île au climat le plus doux des TAAF. Cependant, ne vous y trompez pas ! À cause de la quantité des précipitations et de la fréquence importante des vents à plus de 60 km/h, il n’y fait pas bon vivre pour autant, et l’Histoire est là pour nous le rappeler.

Un peu d’Histoire

Les deux îles partagent également leurs histoires en commun. Elles sont situées au Sud de la route entre Le Cap (Afrique du Sud) et les îles de la Sonde (Asie du Sud-Est), c’est à dire sur l’ancienne route maritime reliant l’Europe aux Indes.

L’île d’Amsterdam est mentionnée la première fois dans le journal de l’expédition de Magellan, le 18 mars 1522. Saint-Paul, quant à elle, est découverte par Gysaerths, un navigateur portugais, en 1559, qui la baptise Nao Sao Paulo.

Puis Amsterdam est observée à plusieurs reprises par des navigateurs au début du XVIIe siècle, mais c’est le hollandais Antonio Van Diemen qui lui donne le nom de son navire, Niew Amsterdam, en 1633. En 1696, un autre hollandais, Willem de Vlamingh, est le premier à y poser le pied. L’amiral d’Entrecasteaux, à la recherche de la Pérouse, s’y arrête en 1792. La falaise occidentale de l’île porte désormais son nom.

Au cours du XIXème siècle, Amsterdam et Saint-Paul ne sont fréquentées que par des pêcheurs, des chasseurs d’otaries ou de baleines et des naufragés.

Le franco-polonais Adam Mierosławski, en les redécouvrant en 1842, propose la prise de possession au nom de la France au gouverneur de l’île Bourbon (actuelle La Réunion). Cela fut fait le 1er juillet 1843. Mais le Royaume-Uni conteste cette prise de possession. Malgré les ordres, Mierosławski se maintient sur l’île Saint-Paul et se lance en 1845 dans l’exploitation des deux îles et la création d’établissements sur place. Mierosławski meurt en 1853, la France renonce officiellement à sa souveraineté sur ces îles et les établissements sont progressivement abandonnés.

Début 1871, le réunionnais Heurtin et sa famille tentent un élevage de bovins et de l’agriculture. Au bout de 6 mois, l’entreprise se révèle être un échec. Ils retournent à la Réunion en abandonnant les bovins sur l’île, qui vont s’acclimater et retourner à l’état sauvage. Trois ans plus tard, une mission astronomique débarque à Saint-Paul pour observer le passage de Venus devant le soleil. Pendant cette mission, le géologue Charles Velain publie les premières données géologiques des deux îles.

Fin 1892, l’aviso français La Bourdonnais reprend possession de l’île d’Amsterdam pour la France. Cette prise de possession est confirmée début 1893 par le passage de l’Eure, un navire de guerre français de retour de mission aux Kerguelen.

En 1924, les îles Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam sont rattachées à la province de Tamatave à Madagascar, alors colonie française. En 1955, elles deviennent un district des TAAF.

Entre temps, l’île Saint-Paul subit des tentatives d’implantation de conserverie pour l’exploitation de la langouste, qui se sont toutes soldées par des échecs. La dernière tentative dans les années 30 a rendu l’île tristement célèbre pour l’histoire des “oubliés de Saint-Paul”, menant à la mort d’une dizaine de colons.