Le bateau fait si vide depuis que la plupart des copains nous ont quittés à Crozet et à Kerguelen ! La vie à bord est plutôt tranquille. Les journées sont longues, on a tous hâte d’arriver à la maison !

Après le départ du groupe des hivernants et des campagnards d’été à Kerguelen, la vie à bord du Marion est soudainement devenue très calme. Il n’y a plus qu’un service à table, à midi et à 19h. Mais cela nous laisse beaucoup de temps pour discuter avec les “interdistricts” (les personnels qui font leurs manip’ à bord et qui ne descendent pas sur les districts), avec les membres de l’équipage et avec l’équipe hélico. Mais le temps commence à être long et l’on tourne un peu en rond sur ce bateau que l’on commence à connaître un peu trop bien…

Vendredi 19 novembre, cette fois-ci, nous n’avons pas eu la chance de pouvoir voir l’île Saint-Paul. Mais la consolation en vaut la peine : on nous annonce enfin qu’on est à vue d’Amsterdam ! Je suis levée depuis l’aube, et j’ai du mal à contenir mon excitation, quand, sur le pont supérieur, on aperçoit enfin cette île tant fantasmée, tant attendue ! Une fois n’est pas coutume, l’île nous accueille sous le soleil. C’est la plus tropicale des îles et elle nous le montre bien !

Enfin, la maison est en vue ! N'est-ce pas la plus belle des îles ?

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Passée l’excitation de l’arrivée au large d’Amsterdam, il faudra patienter jusqu’en fin d’après-midi pour pouvoir débarquer enfin chez nous.

En attendant, il faut s’occuper de la logistique du site d’Entrecasteaux. Comme je le disais dans l’article parlant des manip’ log à Kerguelen, un rocher dans la falaise d’Entrecasteaux menace de s’effondrer sur la cabane. Pour éviter tout écrasement inopiné de personnels, l’IPEV a récupéré 4 modules de cabanes prêts à l’installation. Ces modules, disposés comme un mignon petit village de noël serviront à accueillir les ornithos et les écopath lors de leurs manips dans les colonies. En tout, le village pourra accueillir jusqu’à 6 personnes en simultané. Cette installation sera temporaire jusqu’à OP4, où une entreprise spécialisée viendra faire tomber le rocher en toute sécurité. Du moins, on l’espère !

Voici un de ces modules de cabanes

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Chaque module pèse près d'une tonne. Pas de problème pour notre hélico !

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

La manip’ est un succès ! Les géners de la mission 72 (les prédécesseurs des nôtres !) ont été emmenés sur place depuis la base en hélico pour aider à l’installation des modules. Une fois le petit village installé, les allers-retours en hélico continuent pour ravitailler ces nouveaux cabanons en matériel et en nourriture. Il faut aussi ravitailler la cabane d’El Cano, située un peu plus au Sud de l’île.

Pour patienter, on admire ces falaises emblématiques. On observe les colonies d’albatros à bec jaune et de gorfous aux jumelles. On découvre enfin ce lieu dont on a tant entendu parlé !

Les fameuses falaises d'Entrecasteaux, refuge pour les colonies d'albatros à bec jaune

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Les Trois Demoiselles veillent sur cet écrin de nature

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Une rareté géologique

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Et finalement, l’hélico est rangé, et le Marion bouge ! Du bateau, on peut admirer le Mont Fernand, qui culmine à 731 m d’altitude. Ce n’est pas le point le plus haut de l’île, car le Mont de la Dives atteint 881 m d’altitude, mais ce sommet accueille l’antenne du relais 26, le relais radio qui permet de communiquer depuis les falaises d’Entrecasteaux. J’aurais l’occasion de reparler de ces histoires, ô combien importantes, de relais radio !

Le mont Fernand, qui culmine à 731 m d'altitude

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Le Marion longe lentement toute la côte Ouest de l’île, en direction du Nord. Et bientôt, surprise ! On aperçoit Pointe Bénédicte et son mât de 25 m de haut ! Ce shelter abrite l’ensemble des instruments d’analyse de l’air atmosphérique dont j’aurai la charge cette année. C’est le QG des pompeurs d’air de l’île d’Amsterdam.

Pointe Bénédicte en vue !

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Un peu au dessus de Pointe Bénédicte, on aperçoit le cratère d’Antonelli et sa forêt de Cyprès (espèce introduite) qui fait tant fantasmer les hivernants des autres districts ! Sur Amsterdam, on trouve la seule espèce d’arbres endémique des TAAF, le Phylica arborea. Mais on n’en voit pas encore…

Pointe Bénédicte et le cratère d'Antonelli avec sa forêt de Cyprès

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Pointe Bénédicte passe, et le Marion continue sa route vers le Nord de l’île. Et enfin, enfin, la base Martin de Viviès est en vue ! L’après-midi est déjà bien entamée quand on découvre la maison pour la première fois !

La base, enfin ! C'est la plus jolie (en toute objectivité) : on a des arbres !

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Branle-bas de combat dans les coursives ! Nous avons chargé nos valises dans les caisses bagages ce matin, et nous n’avons qu’un petit sac à dos pour débarquer. Nous attendons tous, plus ou moins patiemment, notre tour pour monter dans l’hélico. Et voici mon tour ! Je suis dans un état d’excitation si intense que je ne réalise pas que je suis arrivée avant de poser pied sur terre ! Sur la DZ passagers, nos prédecesseurs de la mission 72 nous réservent un accueil des plus chaleureux. Rémi, qui a débarqué un peu avant moi, me présente à Yaël, mon prédecesseur pompeur d’air CO2. C’est lui qui me fera la passation d’un mois avant de repartir à OP4 en décembre.

Une haie d'honneur pour notre arrivée !

© 2021 Flavien · Institut polaire français · TAAF

Il ne fait pas très beau, mais il fait doux. Et il est si bon d’être arrivé !