Jeudi 4 novembre, je descends à terre aujourd’hui ! Rémi et moi avons une manip’ à réaliser sur l’île. On doit installer une ligne de prélèvement d’air dans une nouvelle cabane appelée “C’est Trop Loin”.

Je suis prête dès 7h du matin car on peut être appelés à tout moment pour prendre l’hélico. Mais le ciel est très chargé ce matin, et le brouillard nous empêche de voir la base. Impossible pour l’hélico de décoller dans ces conditions ! À 10h, le ciel ne s’est toujours pas dégagé. Un peu désoeuvrés, nous rôdons tous sur le pont, en attendant de nouvelles directives. Mais tout à coup, un signal à la radio : le brouillard est en train de se lever, on va pouvoir partir ! Branle-bas de combat au PC Sciences (l’endroit où on peut travailler tranquillement et où on a accès à Internet), nous rangeons nos affaires en catastrophe et on se presse dans le couloir menant à la DZ. Nous sommes appelés 5 par 5, chacun son tour. J’appréhende un peu : c’est la première fois que je prends l’hélicoptère ! On m’appelle enfin. J’enfile mon gilet de sécurité, et je m’installe sur le siège avant. Le conducteur joue les pilotes et négocie un virage serré qui me permet d’apprécier le paysage.

Arrivés sur l’île, on est accueillis par les “playmobiles” (les corvées d’hélico, qui nous ouvrent les portes) et par les géners de la base. La brume s’est levée en altitude mais pas au ras de la mer, et on a l’impression que l’île de l’Est flotte au dessus des nuages.

Le bâtiment Biomar avec l'île de l'Est en fond

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Cette station bénéficie d’un véhicule improbable au vu de la situation géographique : un 4x4 ! Il permet des déplacements facilités entre les différents bâtiments de la base et entre les cabanes. Sur Amsterdam, on aura un tracteur.

Véhicule à moteur

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On visite rapidement la base et le bâtiment Biomar (l’équivalent Crozetien du bâtiment Géophy sur Amsterdam) pour récupérer du matériel.

Une tradition que l'on retrouve sur tous les districts

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Le temps s’est complètement découvert, et il fait beau et bon. Il n’y a pas de vent (c’est exceptionnel). On décide de manger dehors, face à l’Île de l’Est qui nous fait de l’oeil. Ses falaises abruptes de plus d’un kilomètre d’altitude sont parmi les plus hautes du monde !

La majestieuse île de l'Est

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Ensuite, on part à “C’est Trop Loin” pour notre manip. La cabane n’est qu’à 1km de la base, mais le paysage est change radicalement : volcanique, désertique à la végétation rare, avec quelques plantes en coussin ça et là.

En route pour C'est Trop Loin ! Et derrière, c'est le Mont Blanc... Branca pardon

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L’installation de la ligne de prélèvement se fait vite et bien. La cabane a été installée l’année dernière, et cette ligne devrait faciliter la vie des géners de Crozet pour leurs prélèvements d’air hebdomadaire. Cette manip’ ressemble beaucoup à celle que j’aurai à faire à Amsterdam, mais les échantillons sont envoyés à la NOAA aux États-Unis et non pas au LSCE. Le soleil tape fort à Crozet ! Au revoir la Goretex et le pantalon étanche, je travaille en tee-shirt ! Suis-je vraiment dans les Australes ?

Voici une cloche de prélèvement fort bien fixée ! Elle doit pouvoir résister aux vents violents

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Et voici la ligne complète qui rejoint la cabane

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À la fin de notre manip’, il nous reste une petite heure avant de reprendre l’hélico qui nous ramènera sur le Marion. Nous décidons d’en profiter pour aller voir la manchotière à la Baie du Marin. Le temps est court, mais c’est suffisant pour faire un aller-retour rapide.

Indication de la Baie du Marin sur la base

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Le chemin qui descend à la manchotière nous offre un point de vue unique sur la Baie du Marin.

Baie du Marin et la manchotière

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Le Marion semble tout petit vu d'en haut !

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Une fois arrivés à la colonie, c’est magique ! L’ambiance est unique. Si on met de côté cette très forte odeur de poulailler, entre les petits qui piaillent pour avoir leur pitance et les adultes qui crient pour retrouver les petits, nous nous trouvons au beau milieu d’une cacophonie spectaculaire.

Des manchots royaux à perte de vue, et les poussins au milieu

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Les manchots vivent leur vie sans nous accorder la moindre attention. Ils ne semblent être gênés ni par notre présence, ni par les bruits des appareils photos. Nous pouvons nous approcher tellement près !

Nous ne sommes pas dans un documentaire de National Geographic

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Nous pouvons même assister à des scènes uniques, comme le nourrissage des jeunes. Les petits manchots sont quasiment deux fois plus gros que les adultes et ne sont pas très beaux dans leur duvet marron. Mais au moins, ça leur tient chaud ! Plus tard, ils perdront ce duvet pendant la période que l’on appelle la mue et pourront arborer ensuite ce beau plumage gris, blanc et jaune vif qu’arborent les adultes.

Le petit, déjà bien gros, réclame sa pitance

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Mais déjà, déjà, c’est l’heure de rentrer…

Hélico, boulot, dodo

Cette journée était tellement magique et extraordinaire qu’en comparaison, prendre l’hélico pour revenir sur le bateau me paraît presque banal. On a eu de la chance d’avoir ce temps là !