Les premiers jours à bord du Marion sont assez monotones, avec la mer à perte de vue. De rares oiseaux marins nous rendent visite autour du navire. Mais le 2 novembre, on passe enfin le quarantième parallèle !

La vie à bord du Marion Dufresne est plutôt tranquille. Les repas rythment nos journées, le déjeuner est à 11h et le diner à 18h car nous sommes du premier service. Pendant la journée on assiste à des formations et des présentations, et le soir nous nous retrouvons tous au Forum pour jouer à des jeux de société ou faire des parties endiablées de babyfoot. Parfois, le soir, un film est proposé dans la salle de conférence qui sert aussi de salle de projection. Si on laisse de côté le tangage constant, on oublierai presque que l’on est sur un bateau !

Plus on avance vers le Sud, et plus on observe des espèces sympa autour du bateau : albatros, prions, sternes, pétrels et même quelques baleines qui nous font cadeau de leur présence ! La journée du 2 novembre est plutôt marquante. C’est le jour où l’on passe le quarantième parallèle, c’est le jour où l’on voit nos premières baleines, c’est le jour où l’ultime test PCR révèle que nous sommes tous négatifs à la Covid et qu’on peut quitter les masques définitivement, mais c’est aussi le jour de la philatélie car on arrive à Crozet le lendemain ! Ce jour-là d’ailleurs, il fait vraiment beau, et la mer est d’huile. Nous sommes loin des conditions annoncées dans les fameux quarantièmes rugissants ! Nous nous amusons à les renommer “les quarantièmes ronronnants”.

Avant de débarquer, il est indispensable de passer au labo de biosécu afin de décontaminer nos affaires de toute espèce invasive potentielle. Comme je reste encore longtemps sur le navire, je décide de “biosécuriser” uniquement les affaires de terrain et le sac à dos que je prendrai lors de ma descente à terre.

Mercredi 3 novembre, je me lève tôt car je veux voir l’arrivée à Crozet ! À 6h sur le pont, le ciel est un peu bouché mais on peut quand même apercevoir l’île de l’Est et l’île de la Possession. C’est assez grisant de voir apparaître ces bouts de terre d’entre les nuages après tant de jours en pleine mer !

Non non, ce n'est pas que des nuages ! L'île de l'Est surgit des flots

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

L'île de la Possession nous fait face

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

L’archipel de Crozet est constitué de 5 îles : îlots des Apôtres, île aux Cochons, île des Pingouins, île de la Possession et île de l’Est. Seule l’île de la Possession, où se trouve la base Alfred Faure, est accessible par l’être humain car les autres sont classées réserve intégrale.

Les détails de l’île de la Possesion se révèlent au fur et à mesure qu’on se rapproche. Bientôt, on aperçoit même le Rocher Percé.

Crête épineuse et le Rocher Percé

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Première étape du voyage : la cabane de Pointe Basse, dont il faut assurer le ravitaillement pour les prochaines manip’ hors base.

On distingue le toit de la cabane de Pointe Basse au loin

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Pendant que l’équipage assure la logistique, c’est le safari des piafs autour du bateau ! Pétrels géants, prions, albatros, cormoran de Crozet, Damier du Cap… Ils passent tout près du bateau !

Les damiers du Cap, qui tiennent très bien leur nom, sont très photogéniques

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

On découvre même notre première manchotière au loin !

Tous les petits points blancs ne sont pas des cailloux, mais bel et bien des manchots royaux !

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Puis, le bateau bouge à nouveau, et longe l’île de la Possession pour rejoindre la prochaine étape : la Baie du Marin et la base Alfred Faure. Le paysage qui se révèle à nous est grandiose : des grandes falaises abruptes, des pentes herbeuses peuplées de Gorfous Sauteurs et d’Albatros. Les cascades, nombreuses, dont l’eau n’atteint pas la mer à cause du vent, ajoutent une ambiance fantastique.

Ici, dans les Australes, les cascades coulent à l'envers !

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Le Marion jette l’ancre tout près de la Baie du Marin, qui héberge la plus grande manchotière de l’île. Pour le moment, le temps est trop couvert pour continuer les allers-retours en hélico, alors on se régale à photographier les manchots qui viennent nager autour du bateau.

Mon premier manchot !

© 2021 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Bientôt, ça se lève et les allers-retours en hélico peuvent reprendre. L’heure des adieux émouvants aux copains qui descendent hiverner à Crozet est venue. Sur le pont, je regarde partir les hélicos un à un. On se retrouvera sur le bateau dans un an !

Puis, je pars préparer mes affaires car demain, je descends sur terre ! Vêtements chauds, surpantalon étanche, veste Goretex, jumelles, appareil photo : je suis parée, et impatiente.