Moins de 3 semaines après mon premier séjour à Entrecasteaux, Juliette me propose d’y retourner, en tant que manipeuse sur son programme de suivi des albatros à bec jaune. J’accepte avec joie !

Au petit matin du dimanche 23 janvier, alors que la base Martin de Viviès se réveille tranquillement, Luc, Juliette et moi chaussons nos supers bottes de rando et enfilons nos sac à dos : nous voilà partis pour Entrecasteaux !

Il fait particulièrement chaud ce jour-là, et il nous faut pas longtemps pour remplacer les pantalons par des shorts pour affronter la montée. Qui a dit qu’il faisait froid dans les australes ? Une fois arrivés au plateau, on se rhabille fissa : le vent souffle fort !

Le transit sur les hauts de l’île et le long de la Caldeira est toujours aussi beau. Le chemin suit la ligne de crête, côté vide, et le vent qui souffle constamment là-haut rend ce passage particulièrement vertigineux. En bas, dans la Caldeira, c’est un milieu rempli de tourbières et de lacs, très fragile et par conséquent très protégé. Avec le Plateau des Tourbières, ce sont les deux derniers bastions où subsiste encore la végétation originelle de l’île, avec très peu d’espèces invasives, et qui servent aussi de lieu de reproduction à l’espèce d’oiseaux marins la plus rare du monde : l’Albatros d’Amsterdam. Il n’existe dans le monde que quelques dizaines de couples reproducteurs, qui nichent uniquement sur le Plateau des Tourbières de l’île d’Amsterdam.

Un lac dans la Caldeira

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Plus tard, une petite pause au Pignon nous offre un point de vue magnifique sur les falaises d’Entrecasteaux et sur le Grand Balcon. Mais les nuages montent peu à peu de l’océan : le temps se couvre !

Le Grand Balcon disparaît peu à peu sous les nuages

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Comme nous sommes un peu en avance, nous nous arrêtons un instant pour admirer le vol des albatros Fuligineux. Mais les nuages prennent bientôt le dessus et commencent à nous envelopper d’un manteau cotonneux. On ne voit plus rien, et il fait humide ; il est temps de repartir.

Un albatros fuligineux survolant le Pignon

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Et qui disparaît peu à peu dans les nuages

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La magie météorologique de l’île d’Amsterdam fait qu’on peut passer d’un début de transit en short et en sueur, puis se retrouver trempés par la bruine dans un nuage accroché au sommet de l’île, puis, en redescendant, avoir une vue à nouveau dégagée, et se remettre à nouveau en tee-shirt. Alors qu’on appréhendait un peu la descente de la via en plein brouillard, on est sortis des nuages en descendant du Pignon, on a pu donc profiter de la vue.

Voici, comme promis, quelques photos de la fameuse via ferrata d’Entrecasteaux, la plus belle via ferrata de France ! Bon, c’est une via ferrata un peu spéciale car nous nous longeons sur une corde, et non pas sur un câble comme habituellement.

Le début de la main courante

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

La corde, les ancrages et les barreaux sont vérifiés chaque année par une entreprise spécialisée. La via, en elle-même, n’est pas difficile ni engagée. Le danger réside surtout dans la fatigue car on arrive à la fin du transit, par le déséquilibre provoqué par le poids des sacs, et par l’isolement du lieu par rapport à la base.
Dès qu’on se retourne, la vue nous submerge. Être au milieu de la falaise, survolés par des nuées d’albatros majestueux, avec le bleu de la mer, le noir de la roche et le vert de la végétation qui s’y accroche, ça rajoute un charme non négligeable !

Départ de la via ferrata

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Le grand mur de la via ferrata

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Pointe Del Cano, vue dans la via ferrata

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En bas de la via, on traverse le fameux Vietnam, et on passe ensuite par la plage aux otaries. En ce moment, la plage est recouverte de pups bien gras qui se regroupent en attendant que leurs mères reviennent pour les nourrir.

Des petits pups réveillés de leur sieste

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Ils commencent à être grands maintenant, et se baladent un peu partout sur la plage et dans les environs. Ils vont même à l’eau ! Pour le moment, ils se baignent à la “piscine” où ils s’entraînent à nager en attendant d’être suffisamment agiles pour aller affronter l’océan.

Un pups mignon qui rentre de la baignade

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Au crépuscule, le soir de notre arrivée, le ciel nous offre ses milles couleurs dont il a le secret.

Coucher de soleil et albatros : Bienvenue à Entrecasteaux !

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Des nuées d’albatros à bec jaune survolent la mer en ces dernières heures de jour, avant de retourner dans les colonies pour la nuit. Demain, nous retournerons les voir… J’ai hâte !

Des albatros partout au dessus de nos têtes

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Un albatros à bec jaune

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

La suite se passe plus ou moins comme la dernière fois que je suis venue : on passe nos journées dans les colonies pour le comptage et le suivi des poussins et des nids. Une grosse différence cependant : il y a eu beaucoup de mortalité depuis. Plus de la moitié des nids que j’avais vu habités sont à présent vides ! Choléra aviaire, prédation par les rats… Ces pauvres poussins mènent une vie dangereuse !

Sept jours plus tard, il est malheureusement temps de rentrer sur base… La vie est si belle à la cabane. Le transit retour s’annonce… humide ! Mais au matin du départ, en bas des falaises, difficile de croire qu’il pleut là haut !

Ambiance nuageuse au matin du départ...

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

En passant, nous nous arrêtons à la Plage, pour le repérage des bagues de Skua (Labbe Subantarctique de son vrai nom). On y retrouve nos amis les pups, et toute une bande de ces amicaux volatiles !

Une bande de pups sur la plage d'Entrecasteaux

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Une bande de skua sur la plage d'Entrecasteaux

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Les skua vivent en bande et sont les charognards de l’île d’Amsterdam. Quelque soit le cadavre qu’ils trouvent, ils n’en laissent qu’un tas d’os bien nettoyés !

Comme prévu, la suite du transit retour se fait dans le brouillard et avec la bruine qui nous fouette le visage. Je finis trempée de la tête au pied, et je remplis même mes bottes ! Pas d’occasion, donc, d’admirer la vue. Autant vous dire que la douche chaude une fois arrivée à la base fut très appréciée !