Deux fois par an, les géners doivent réaliser une manip’ en cabane. Ces manip’ sont appelées “Tornades Log” et sont l’occasion de faire le point sur le stock en vivres et sur l’état des cabanes et du matériel.

Les Tornades Log sont généralement effectuées après OP1 pour faire l’inventaire après la campagne d’été, et entre OP3 et OP4 pour la passation des géners. Maxime, le géner/électronicien, a ouvert les hostilités avec la première de l’année, sur le site de Del Cano, du 14 au 18 avril. En plus de faire l’inventaire des touques de vivres, la manip’ a été également l’occasion de creuser une fosse pour le lieu d’aisance et de faire de petits travaux dans la cabane pour améliorer le confort. J’ai eu la chance de pouvoir l’accompagner dans cette aventure ! Juliette, l’ornitho du programme Ecopath (maladies infectueuses) est venue avec nous pour le comptage des poussins d’albatros fuligineux dans les falaises attenantes.

La pointe Del Cano a été nommée en l’honneur du découvreur de l’île, le portugais Del Cano. Elle se situe au sud de l’île, diamétralement opposée à la base. Il faut compter entre 5h30 et 6h00 de marche pour y aller, mais contrairement au transit d’Entrecasteaux qui nous fait passer au sommet de l’île, le transit de Del Cano longe la côte.

En cette saison, les averses soudaines et très localisées révèlent des arc-en-ciel. Je n’en ai jamais vu autant qu’ici ! Sur le transit, une averse en mer et le soleil derrière nous ont causé un phénomène assez remarquable : un arc-en-ciel horizontal, au ras de l’eau, comme une nappe au dessus de la mer. L’effet n’a duré que quelques minutes, mais cela reste très joli.

Un arc-en-ciel au dessus de l'eau

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Durant le transit, on longe aussi le cratère du Chaudron, connu comme lieu de bivouac, et au pied duquel nichent différentes espèces de pétrels. Des suivis nocturnes ont été réalisés pendant la campagne d’été et des pièges photos sont installés pour tenter d’identifier les espèces.

Le cratère du Chaudron

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Le transit est plutôt pluvieux, et quand nous arrivons au terme du voyage, les nuages restent suspendus au sommet des Grandes Ravines.

Les ravines dans le brouillard

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Les Grandes Ravines sont impressionnantes ! Il n’y a pas de rivières sur l’île d’Amsterdam, mais quand il pleut beaucoup, l’eau ruisselle le long de ces ravines et rejoint la mer.

Après avoir passé ces mastodontes de roche, nous arrivons enfin à la petite cabane de Del Cano. Les albatros fuligineux, nombreux à nicher à cet endroit de l’île, nous offrent dès notre arrivée un ballet aérien qui s’accompagne de leurs cris préhistoriques.

Albatros fuligineux en vol

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Le majestueux albatros d’Amsterdam, à la fois l’albatros le plus grand et le plus rare du monde, endémique de l’île, a rejoint le ballet des fuligineux le temps d’un instant, avant de monter en haut des falaises pour rejoindre le plateau sur lequel il niche. Il est tellement grand qu’on l’entend passer au dessus de notre tête, sans battre une seule fois des ailes, tel un planeur maître des airs.

Albatros fuligineux et albatros d'Amsterdam

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A la cabane, le confort est sommaire, encore plus qu’à Entrecasteaux : pas d’électricité, pas d’eau courante. Pour l’eau potable, il y a un système de récupération d’eau de pluie et de filtration à la Katadyne©.

La mini-cabane de Del Cano

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Dans l’après-midi, et après avoir posé nos affaires à la cabane et mis en service la Katadyne, nous avons décidé d’aller à la Pointe Del Cano (renommée Pointe de l’Apéro dans notre jargon, je pense que je n’ai pas besoin d’expliciter pourquoi 😄). Il faut compter un petit quart d’heure de marche depuis la cabane, en crapahutant dans les scirpes presque aussi grandes que moi, et en longeant le bas des ravines.

Une ravine sur le chemin de la pointe Del Cano

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Arrivés à la Pointe de l’Apéro, surprise ! Les falaises d’Entrecasteaux se découvrent à nous. Une autre vue qui nous permet de prendre conscience de la proximité des deux sites. Il est pourtant impossible de rejoindre l’un à l’autre à pied à cause des ravines et du terrain escarpé.

La vue de la pointe Del Cano, ou pointe de l'apéro

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Le lendemain a commencé le chantier de creusement du “Teuchio”, le nouveau lieu d’aisance de Del Cano. Nous avions prévu large : armés de seulement deux pelles et une pioche, la roche volcanique peut être difficile à creuser. Finalement, l’endosol amstellodamois s’est révélé assez meuble. Hormis une grosse pierre qu’il a fallu sortir du trou et qui a ralenti le chantier, la fosse fut creusée en une demi-journée, et le plancher installé dans la foulée.

Chantier en cours !

© 2022 J. Baron · Institut polaire français · TAAF

L’après-midi fut consacré au comptage des poussins d’albatros fuligineux. Pour cela, nous sommes montés en haut d’une butte qui offre une vue sur toutes les falaises alentours, et nous les avons observé attentivement aux jumelles.

Observation des fuligineux aux jumelles

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Pour ce comptage, il faut s’armer de patience. Les poussins sont quasiment invisibles, cachés dans des renfoncements rocheux ou tapis dans la végétation. Pour les repérer, plusieurs techniques : à cette époque de l’année, ils commencent à troquer leur duvet par des plumes d’adultes, et de muscler leurs ailes en prévision de leur envol. Pour cela, ils battent régulièrement des ailes, une sorte de gymnastique. Nous avons aussi essayé de repérer les nourrissages : les poussins se révèlent souvent quand un adulte se pose dans la falaise pour les nourrir.

Un albatros fuligineux adulte

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Au final, le bilan est plutôt positif : les poussins sont nombreux et la colonie de Del Cano se porte plutôt bien. De la butte sur laquelle nous étions, on voyait très bien le bas des ravines, creusé par le ruissellement d’eau, comme un petit réseau hydrographique.

Le bas des ravines

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Les deux jours suivants furent l’occasion de réaliser l’inventaire complet des vivres et du matériel stocké dans les touques, de faire le ménage complet de la cabane, d’installer des nouvelles étagères et de faire quelques réparations dans la cabane.

La famille (très nombreuse) de souris de la cabane nous a accompagné dans ces tâches. Elles nous ont occupé un bon moment, amusés comme nous étions de les voir jouer autour de nous et grimper au bout des scirpes pour en grignotter les graines. Elles vaquaient à leurs occupations et n’étaient nullement dérangées par notre présence.

Une petite souris de Del Cano

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Au milieu de tous ces petits travaux, nous avions un peu de temps en fin d’après-midi pour visiter les environs avant la tombée de la nuit.

En remontant la plus grande des ravines, nous sommes allés voir le fameux Mur végétal. Falaise immense peuplée par de nombreuses mousses et fougères sur laquelle ruisselle l’eau venue des tourbières du plateau. Après de fortes pluies, l’eau ruisselle au point de former une mini cascade.

Le mur végétal de Del Cano

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Nous avions pu voir aussi les Terres rouges, paysage désertique issu de l’érosion des roches volcaniques chargées en oxyde de fer.

Les Terres Rouges

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Puis, tout comme Entrecasteaux, Del Cano nous a offert ses plus beaux couchers de soleil.

Coucher de soleil depuis les Terres Rouges

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