Le Marion Dufresne est arrivé au large de l’île le matin du 6 avril. Très attendue par certains, redoutée par d’autres, l’OP1 fut intense et riche en émotions !

La première OP de l’année marque le début de l’hivernage. Au programme : vols hélico pour préparer le terrain de cet hiver, livraison de vivres et de matériels pour 5 mois sans ravitaillement, et renouvellement de notre équipe d’infras

A l’approche d’une OP, c’est l’effervescence dans la base, et ça commence plusieurs semaines avant ! Tout le monde doit préparer le colisage du matériel à renvoyer en hélico, et l’arrivée du nouveau matériel. Les partants doivent aussi préparer leurs malles et nettoyer leurs chambres. On en profite aussi pour réaliser la “Base Verte”, spécificité de l’île d’Amsterdam : tonte de la pelouse, désherbage des allées et entretien des espaces verts. Il faut que tout soit beau pour l’arrivée du Marion !

Et un beau matin, on se réveille, et on découvre que le Marion est là, devant nous. Arrivé furtivement au petit matin, le bruit des moteurs trouble le calme habituel de ce petit caillou.

Revoir le Marion, c'est comme revoir un bon copain

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

A partir de là, pas le temps de s’ennuyer ! Tout s’organise selon un planning strict défini par l’OPEA, sur le bateau. Tous les matins, arrivent plusieurs hélico de passagers (des Pax) du bateau qui resteront la journée, pour travailler ou pour visiter le district. Ensuite, l’hélico reprend des passagers, des habitants de l’île cette fois-ci. Il les emmène dans les sites isolés de l’île, pour du repérage pour les manip’ de cet hiver, pour des travaux d’entretien des cabanes ou pour le changement des batteries du relai radio du Mont Fernand.

Et puis commence l’interminable ballet des vols hélico : aller chargé à bloc avec diverses caisses et paquetages (ou slings), retour à vide pour mieux recommencer… On commence toujours par livrer les vivres, c’est le plus important. Les produits frais et surgelés sont dépotés et rangés immédiatement dans les chambres froides, à l’aide d’une chaine humaine hyper efficace composée de n’importe quel badaud de passage. Et oui, tout le monde est invité à donner un coup de main pendant une OP ! Et il y a de la quantité : le prochain ravitaillement ne sera que dans 5 mois…

Livraison de bouffe !

© 2022 L. Creac'h · Institut polaire français · TAAF

Ça s’active aussi sur la DZ technique. Les VSC se relaient en binômes de “Playmobiles” - surnom donné en l’honneur de notre magnifique tenue de travail rouge, et surtout de nos superbes casques orange. A chaque fois que l’hélicoptère arrive avec une nouvelle cargaison, s’ensuit une succession de tâches bien rôdées. En tant que playmobiles, on doit indiquer au pilote où la déposer à l’aide de signes spécifiques, détacher (ou attacher) les slings, et vérifier que tout est bien attaché avant de faire signe au pilote qu’il peut décoller à nouveau. En tout, l’opération dure à peine une minute. Un responsable DZ se tient toujours à côté de l’extincteur, en tenue de pompier, prêt à intervenir en cas de pépin. Une équipe d’infras, chacun au volant d’un engin, débarrasse successivement les cargaisons de la DZ.

Travail sur la DZ technique

© 2022 L. Creac'h · Institut polaire français · TAAF

Les malles et les colis scientifiques sont regroupés et nous arrivent dans des caisses CP grillagées en métal, plus pratiques à transporter en hélico.

Une caisse CP de l'IPEV

© 2022 L. Creac'h · Institut polaire français · TAAF

Quand ce sont des vols de passagers, tout le monde doit courir à la DZ passagers, et les playmobiles sont chargés d’ouvrir et de fermer les portes de l’hélico (“et ce ne sont pas des portes de Kangoo”, dixit le mécano), d’aider les passagers à monter et à descendre et de leur donner leur gilet de sauvetage.

Les playmobiles

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

En bas de la base, sur la Cale, les infras sont occupés à un autre type de manutention. Quand le volume du matériel à renvoyer ou à livrer est trop gros (ou trop lourd) pour l’hélico, il est mit dans un semi-contener et transporté sur une sorte de “radeau” (appelé la Portière) tiré par l’annexe du Marion Dufresne. Pour réaliser cette opération la mer doit évidemment être calme.

Manutention à l'aide de la Portière et de l'annexe du Marion Dufresne

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

L’opération est délicate, et demande beaucoup de main d’oeuvre. Nos infras sont réquisitionnés, ainsi que les matelots du Marion Dufresne.

Portière et annexe du Marion Dufresne

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

L’utilisation de la portière n’est pas systématique. Pour cette OP, avec la mise en place de la nouvelle centrale solaire, on a eu beaucoup de matériel et de déchets à renvoyer.

Départ de la portière de la Cale

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Remontée du semi-contener de la Cale en tracteur

© 2022 L. Creac'h · Institut polaire français · TAAF

L’Austral, qui était encore en campagne de pêche dans les parages, a profité de l’OP pour mouiller au large de Martin de Viviès. On a communiqué par radio, notre médecin est montée à bord pour faire des visites médicales et ils nous ont livré en zodiaque du poisson et des langoustes fraîchement pêchés.

L'Austral accompagne le Marion Dufresne devant Martin de Viviès

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Une fois toutes les cargaisons livrées ou rapatriées, le pilote et le mécanicien peuvent enfin souffler un peu. En général, le dernier jour de l’OP, quand toutes les manutentions sont terminées, l’hélico se pose sur la DZ passagers pour une petite pause bien méritée.

Hélico à l'arrêt sur la DZ, pause du pilote et du mécano !

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Et en fin d’après-midi du dernier jour, vient l’heure des adieux. Cette fois-ci, ce sont tous nos infras et notre chef cuisinier qui s’en vont. Ils sont remplacés par une nouvelle équipe toute neuve (moins nombreuse) qui restera jusqu’à OP2. On passe de 35 personnes à 27 pour l’hivernage. Moins de monde à table, ça se remarque vite !

La tradition veut que ce soit d’abord les pax (les visiteurs d’une journée) qui prennent les premiers hélicos, et les habitants de l’île les derniers. Les adieux sont toujours douloureux, que ce soit pour les hivernants ou pour les partants. Pour égayer un peu cette triste atmosphère, certains se déguisent ou mettent de la musique.

Après le vol du dernier hélico, on ressent comme un vide. C’est un moment riche en émotions, où tout le monde se tait en attendant le départ du bateau.

La mélancolie du départ

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF

Et enfin, quand le Marion sonne l’heure du départ d’un coup de sirène tonitruant, la sirène de la base lui répond. Assis au bord de la mer, on s’ouvre une bière fraîche et on reste en lien radio avec les partants sur le bateau, jusqu’à la fin des transmissions. Jusqu’à voir le Marion Dufresne disparaître à l’horizon.

Ainsi s’achève la campagne d’été, et commence l’hivernage à proprement dit.

Le marion Dufresne prêt à partir

© 2022 R. Nespoulet · Institut polaire français · TAAF